Côte d’Ivoire: les familles déplacées ont peur de rentrer

Publié le par L'Association-ONG

Quatre mois après le début de la guerre civile en Côte d’Ivoire, de nombreuses familles déplacées restent éloignées de leur maison, parce qu’elles sont incapables de rentrer dans leur village ou parce qu’elles ont peur de le faire. Certains parmi elles vivent dans des camps aux alentours d’Abidjan, où elles reçoivent l’aide alimentaire du

 

ABIDJAN – Les tentes blanches s’entassent dans la cour de l'Église Mission Harris à Bingerville, une banlieue d'Abidjan. L’église sert de maison temporaire pour quelque 900 personnes qui s’y sont réfugiées au printemps. Elles viennent majoritairement de différents quartiers de la ville où les combats étaient les plus intenses.
La plupart des femmes et des enfants présents ici sont encore traumatisés- ils dorment mal, ont peur des intrus, et sont facilement effrayés lorsqu’un bruit inattendu survient.
Actuellement, le PAM leur distribue des rations mensuelles: chaque personne reçoit 12 kilos de riz et 1,5 kilo d’un mélange de maïs et de soja.  D’autres agences sont également présentes. Elles distribuent  des abris et dispensent des soins médicaux.
De violents combats
Cécile Djiekpe, 50 ans, a eu le malheur d'être sur la scène de certains des pires combats dans deux villes. Basée à Abidjan, où elle fabrique du savon traditionnel à base de lait de coco, Cécile était à Duékoué, dans le nord, pour un enterrement lorsque les combats ont éclaté là-bas. Certaines des atrocités, parmi  les plus horribles constatées lors de la crise, se sont déroulées à Duékoué.
«Je suis restée à la mission catholique et ensuite j’ai fait le trajet pour rentrer à Abidjan avec mes enfants à pied», raconte Cécile en montrant ses pieds toujours gonflés. «Il nous a fallu deux jours entiers.»
Une fois rentrée à la maison dans le quartier d'Abobo, la situation ne s’est pas améliorée. Il y avait de violents combats, les maisons étaient pillées et brûlées et Cécile a dû trouver refuge dans les locaux de la mission catholique.
«J'ai envoyé mes enfants chez des parents où la situation est plus calme. Je ne veux pas les amener ici, ils sont tellement traumatisés."
Obligés de fuir
Léontine Su, 43 ans, vit près de sa copine Cécile, à Abobo. Elle a également été obligée de fuir avec ses trois enfants et n’arrive pas à oublier ce qu’elle a vécu.
«Quand les tirs ont commencé, nous nous sommes jetés au sol et dès qu’ils ont cessé, nous avons couru vers un autre quartier. Nous courions et, chaque fois qu’il y avait des tirs, nous nous cachions. C’est ce que nous avons fait : courir et se cacher, courir et se cacher... Il y avait des morts dans les rues. Et les maisons avaient été pillées et brûlées,» indique Léontine.
Ils sont finalement arrivés à une église, mais elle était déjà pleine de personnes déplacées. Alors, on les a redirigés vers la Mission Harris.
Léontine est rentrée chez elle une seule fois depuis, mais tout ce qui restait de sa maison était un cadre de lit sans matelas. Maintenant, elle a trop peur de retourner vivre là-bas et ne sait pas de ce qu'elle va faire. «Je remercie Dieu pour la nourriture que le PAM me donne. Que ferions-nous sans cela?»

Publié dans Solidarité

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